L’ouverture du Festival

Chers amis,

Madame l’ambassadrice de la République du Nicaragua, Ruth Tapia Roa, Monsieur l’ambassadeur de l’Etat Plurinational de Bolivie, Jean Paul Guevara Avila, Monsieur l’ambassadeur de la République du Salvador, Francisco Galindo Velez et son épouse, Monsieur l’ambassadeur de la République de l’Equateur, Carlos Alberto Jativa Naranjo, Madame la chargée des affaires de l’ambassade de la République Bolivarienne du Venezuela, Gabriela Jaramillo, Monsieur l’ambassadeur du Royaume de Norvège, Tarald Osnes Brautas. Chers Patrice Bessac, membre de la coordination nationale du Parti Communiste français, Guillaume Beaulande, responsable des relations internationales du Parti de Gauche. Chers amis français, frères latino-américains. Chers collectifs, associations, artistes, poètes que nous avons l’honneur d’accueillir aujourd’hui,

Merci au nom des organisateurs du Festival, merci au nom de toutes ces volontés réunies aujourd’hui qui ont permis que s’ouvre en ce samedi 15 février un espace de partage, d’échange dans ce lieu mythique : la Parole errante.

Cette initiative, née d’une réunion d’idées, de générations et de sensibilités s’est construite autour d’une même volonté : la Paix en Colombie – Mémoire et Justice Sociale.

Avant d’initier ensemble ces deux jours de parcours, attardons-nous sur le pourquoi d’un Festival pour la paix en Colombie ?

En 1964, le prêtre et sociologue colombien Camilo Torres créa la première commission de paix afin d’éviter que se déchaîne le conflit que nous vivons aujourd’hui. Il n’eut en réponse que la persécution, la stigmatisation et la répression. Surgirent alors les organisations insurgées : d’abord les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie) puis l’ELN (Armée de Libération Nationale). Camilo Torres qui se vit forcé de rejoindre la guérilla, trouva la mort le 15 février 1966, il y a exactement 48 ans aujourd’hui.

Nous sommes à ce jour à la 4ème tentative de paix, dont la dernière, dans le Caguán, il y a plus de dix ans déjà. Nous portons le poids de ces expériences frustrées, mais aujourd’hui, avec l’apprentissage, nous voulons exprimer notre fidèle attachement au dialogue et à une solution politique du conflit.

Le 18 octobre 2012 les négociations entre le gouvernement colombien et les FARC s’installent officiellement à Oslo et prennent comme fondement un « Accord pour la fin du conflit et la construction d’une paix stable et durable ». Ces négociations bénéficient de l’appui de Cuba et de la Norvège ainsi que de l’accompagnement du Venezuela et du Chili. L’agenda qui se dessine a pour objectif d’aborder cinq points essentiels :
– La politique de développement agraire intégral
– La participation politique, garantissant l’exercice et la participation de l’opposition politique
– La fin du conflit : Le cessez-le-feu et la réincorporation des FARC dans la vie civile
– La solution au problème des drogues illicites
– Victimes. Réparation et vérité
Le sixième point se donne pour objectif l’implémentation de tous les points convenus. Le rôle de la communauté internationale apparaît ici très important.

Ce processus dès le départ a signifié, pour nous les colombiens, un nouvel espoir, une profonde espérance. Les avancées, lors de la discussion du premier accord, puis du deuxième nous encouragent. Dans ce même sens, il est nécessaire que le gouvernement colombien accepte l’initiation de dialogues de paix avec l’ELN et qu’un cessez-le-feu soit effectif.

Les difficultés depuis le début des négociations n’ont jusqu’ici pas été absentes et nous savons que l’issue politique ne sera pas des plus aisées. Nous sommes confrontés à un double discours de la part du gouvernement colombien qui parle de paix mais qui en même temps approuve la guerre. Les obstacles que représentent certains secteurs de la société colombienne ne font que rappeler la constante délégitimation et violence qu’ont toujours subi les forces d’opposition et les oubliés de cette terre.

Le conflit que nous vivons, que nous subissons doit être compris non seulement comme un conflit armé mais comme un conflit social et politique. La paix ne sera pas le simple fait du silence des fusils, mais de la recherche d’une solution aux causes de celui-ci.

L’implication et la mobilisation populaire reviennent alors nous surprendre et jeter les bases sociales de cette paix, élargissant même le discours à la Havane… la mobilisation historique du 9 avril 2013 pour crier la paix, les plus de 40 jours consécutifs de mobilisations paysannes en août, la manifestation massive contre la destitution du maire de Bogota, en décembre.

L’éveil des femmes, des paysans, des ouvriers, des étudiants… tous marchant pour la paix. Ce sont eux les protagonistes, nous sommes les protagonistes de cette Colombie que nous voulons, de laquelle nous rêvons !

Un rêve nous réunit, le rêve d’atteindre pour cette Colombie qui est la nôtre, pour l’émeraude d’Amérique, pour notre peuple, la paix tant souhaitée. Ce sont plus de cinquante ans de guerre, de conflit : Que les fusils se taisent ! Que l’on pose les armes ! Que la guerre fratricide cesse ! Que notre Amérique se transforme définitivement en un territoire de paix !

Ce message plein d’espoir est celui que nous voulons faire parvenir en Colombie depuis la France, depuis l’Europe.

Durant ces jours du Festival, grâce à la participation et à l’apport actif d’artistes et de créateurs reconnus, de poètes, d’hommes et de femmes de bien, de travailleurs, d’étudiants, de professionnels, nous pénétrerons dans l’histoire d’un drame, un drame qui a coûté la vie de millions, provoqué de la souffrance, des larmes, de la misère.

Nous avons le devoir de mémoire mais aussi celui de rêver en un futur où les eaux soient à nouveau aussi limpides que celles de Macondo, à cette époque lointaine, où de nombreuses choses n’avaient pas de nom et où pour les mentionner, il fallait les effleurer du doigt.

Mémoire.

Au rythme des expositions photographiques, au cri d’un poème anonyme récité au sein du cercle des poètes, à l’écoute d’un témoignage douloureux survenu dans un endroit perdu de la géographie de cette tendre Colombie, arrivera peut-être l’appel criant que l’artiste modèle sur sa toile. Cet appel clamant pour la Justice Sociale qu’attend le peuple, jaillissant du fond des cachots, des sans-voix, des disparus, des déplacés.

Il est onze heures du matin à Montreuil, en France. A cette heure, Abiayala semble encore dormir dans l’attente des rayons de soleil d’un nouveau jour : Que lorsque le jour se lèvera, sa brise matinale apporte les vents de paix, de mémoire et justice sociale du Festival, et délivre notre message. Que vive la Paix en Colombie !

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